Le contenu de cet article a pour objectifs d’informer, de dédramatiser, d’aider à la compréhension et de vous donner des pistes d’orientation. Il ne remplace en rien une consultation médicale ou paramédicale.
1) Introduction
Chaque jour, de nombreuses personnes souffrent en silence de douleurs pendant les rapports sexuels mais aussi à distance. La douleur est une expérience largement partagée, souvent source de tensions et d’incompréhension. Les douleurs pendant les rapports sexuels n’y échappent pas, d’autant plus qu’elles sont très fréquentes dans la population, que cela soit chez les personnes de sexe féminin ou masculin mais aussi chez les personnes transgenres. Malheureusement, souvent sous-diagnostiquées, ces douleurs intimes ont des répercussions importantes, physiquement, émotionnellement ainsi qu’au niveau relationnel.
Toutefois il est essentiel de rappeler que les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont ni “normales” ni une fatalité. Elles ne doivent pas rester taboues. Les mécanismes en cause sont souvent multiples, intriqués et peuvent aussi bien concerner le corps, les émotions, le vécu personnel… Des solutions existent, il est important d’en parler et de vous faire accompagner par des professionnels spécialisés, dans une approche globale, respectueuse et individualisée.
2) Qu’appelle-t-on douleurs intimes (douleurs pendant les rapports sexuels) ?
Les douleurs intimes peuvent apparaître juste avant, pendant et/ou après l’acte sexuel. Elles peuvent également s’exprimer sous forme de brûlures, d’irritations, de crampes ou de spasmes. Elles sont complexes, variées et peuvent concerner toutes les personnes, quel que soit leur sexe :
- La dyspareunie : c’est le terme utilisé pour parler essentiellement des douleurs pendant les rapports sexuels des personnes possédant un appareil génital avec vulve et vagin. Selon les études, 1 personne sur 5 serait impactée. Elle est classifiée en deux grandes catégories :
- La dyspareunie dite superficielle : elle correspond à la douleur à l’intromission et concerne la vulve ainsi que l’orifice vaginal. Elle est déclenchée par l’entrée du pénis ou tout autres éléments (sextoys, doigts, spéculum…).
- La dyspareunie profonde : c’est une douleur pelvienne ou du fond du vagin, déclenchée par la pénétration profonde.
- La dyspareunie de l’appareil génital avec pénis : de plus en plus d’études et d’articles médicaux utilisent également le terme de dyspareunie pour aborder les douleurs pendant les rapports sexuels des personnes possédant un appareil génital avec pénis. Ces douleurs restent toutefois peu étudiées et souffrent d’un manque de définitions consensuelles. On les classe en deux catégories :
- Douleurs péniennes : elles peuvent concerner aussi bien la verge, le frein du prépuce que le gland.
- Les douleurs anales (aussi appelées anodyspareunies) : elles sont en rapport avec la pénétration anale. Souvent localisées au niveau du rectum ou du sphincter anal. Elles peuvent concerner tous les individus quel que soit leur sexe ou leur orientation sexuelle.
L’ensemble de ces douleurs peuvent également être décrites comme primaires (apparition dès les premiers rapports), secondaires (survenir après une période d’activité sexuelle non douloureuse), permanentes (à chaque rapport) ou intermittentes (uniquement sous certaines conditions).
Les douleurs pendant les rapports sexuels peuvent évoluer dans le temps, varier en intensité et être influencées par de nombreux facteurs, qu’ils soient physiques, émotionnels, hormonaux ou relationnels. Certaines personnes peuvent présenter plusieurs types de douleurs simultanément.
3) Pourquoi les douleurs intimes sont-elles si souvent banalisées ?
Aborder les questions liées à la sexualité reste encore difficile dans notre société. Même si certaines personnes peuvent en parler aisément, beaucoup n’osent évoquer le sujet, que cela soit dans le cercle familial ou avec un professionnel de santé. Il est très important que vous compreniez qu’il faut lever cette barrière.
Ne pas en parler peut venir d’un manque de compréhension, ou d’informations. Par exemple, l’utilisation de produits d’hygiène intime inadaptés peut altérer la flore vaginale et favoriser les irritations. Vous ne devez pas vous sentir coupable de ne pas savoir, il est parfaitement « normal » de ne pas tout connaître.
Les origines culturelles peuvent également influencer le regard sur la sexualité. Certaines croyances limitent la sexualité à sa fonction « primaire », qui est la reproduction, laissant l’aspect du plaisir de côté. D’autres érigent une barrière pensant que de ne pas en parler permettrait de limiter les soi-disant « dérives ».
Il arrive également que les douleurs intimes soient banalisées en raison d’une confusion entre gêne passagère et douleur réelle. Certaines personnes considèrent qu’un inconfort fait « partie » de la sexualité et hésitent à s’alarmer, pensant qu’il faut s’adapter, supporter ou attendre que cela passe. À cela s’ajoutent des normes de performance sexuelle encore très présentes, qui valorisent l’endurance, la pénétration à tout prix ou l’idée qu’il faudrait “réussir” un rapport. Dans ce contexte, la douleur peut être minimisée, voire ignorée, par peur de décevoir, de ne pas être à la hauteur ou de rompre un équilibre relationnel. Pourtant, toute douleur ressentie mérite d’être écoutée et ne devrait jamais être considérée comme une étape normale ou obligatoire de la sexualité.
Face aux douleurs pendant les rapports sexuels, il n’est pas rare de se sentir perdu et de ne pas savoir vers quel professionnel se tourner. Cette situation peut conduire à une errance médicale, certains troubles intimes restant encore insuffisamment connus ou pris en charge.
4) Idées reçues sur les douleurs pendant les rapports sexuels
Il est important de rappeler que vous n’êtes en rien responsable de votre situation. La douleur intime n’est pas choisie et ne doit pas être minimisée. Voici quelques idées reçues qu’il est essentiel de déconstruire :
- Non, ce n’est pas « dans votre tête ». Toute douleur mérite d’être respectée, écoutée et comprise.
- Non, ce n’est pas une fatalité. Il arrive d’entendre que ces douleurs seraient normales ou qu’il faudrait apprendre à vivre avec. Pourtant, des solutions existent et une prise en charge est possible.
- Non, la douleur ne dépend pas de votre volonté. Elle ne reflète ni un manque d’effort ni un défaut personnel.
- Non, ce n’est pas une question d’âge, de sexe, de genre ou de handicap. Les douleurs intimes peuvent concerner toute personne, à différents moments de la vie.
Les douleurs pendant les rapports sexuels peuvent également fragiliser le rapport à son corps et à sa sexualité. Lorsqu’elles s’installent, certaines personnes peuvent perdre confiance en leur capacité à ressentir du plaisir ou avoir le sentiment que leur corps est « défaillant ». Il est essentiel de rappeler que la douleur ne définit ni la valeur d’un corps ni la légitimité à une sexualité respectueuse et épanouissante.
Sachez enfin que vous n’êtes pas seul. De nombreuses personnes sont concernées par des troubles intimes. Des solutions existent, et chacun a le droit d’aspirer à une sexualité plus apaisée et respectueuse de soi.
5) Quelles sont les causes possibles des douleurs pendant les rapports sexuels ?
Il est important de noter que les causes des douleurs pendant les rapports sexuels sont souvent multifactorielles. En voici une liste non exhaustive :
- Chez les personnes possédant une vulve et un vagin :
- Certaines pathologies : l’endométriose, des adhérences pelviennes, la fibromyalgie, affections dermatologiques vulvaires, le syndrome de la vessie douloureuse, la dépression, séquelles de traumatisme obstétrical, sécheresse vaginale…
- Variations hormonales (grossesse, ménopause…).
- Des infections, des mycoses.
- Des facteurs iatrogènes : toilettes ou douches vaginales répétées, utilisation intempestive de tampons…
- Hygiène de vie : manque de lubrification, frottements excessifs…
- Cause psychologique : anxiété, dépression, manque d’excitation, violence sexuelle…
- Chez les personnes possédant un pénis :
- Le plus souvent secondaire à des pathologies (ex. : la maladie de Lapeyronie, psoriasis génital, phimosis, infections prostatiques…).
- Infections (ex. : condylomes, verrues génitales…).
- Frein du prépuce : frein trop court, lésion ou rupture complète.
- Fracture des corps caverneux.
- Causes psychologiques (dépression, anxiété…).
- Autres : produits lavants irritants, frottements excessifs ou douloureux sur le gland du pénis…
- Concernant les douleurs anales :
- Manque de lubrification (lubrifiant non adapté voire absent, utilisation régulière de poire de lavement, micro-lésions…).
- Traumatismes anaux (pénis/sextoys larges, non respect de la douleur par le partenaire…).
- Troubles psychologiques entraînant une appréhension ou une crainte de la douleur (relâchement sphinctérien incomplet).
La dimension émotionnelle joue un rôle central dans les douleurs pendant les rapports sexuels. Ces douleurs peuvent entraîner un cercle vicieux où l’individu anticipe la douleur ce qui a pour effet d’augmenter les tensions musculaires du plancher pelvien, diminuer le relâchement sphinctérien ainsi que la lubrification et de majorer la perception douloureuse. Ce cercle vicieux peut persister même après la disparition de la cause initiale.

Les causes variant fortement d’une personne à l’autre, il est difficile de les lister de façon exhaustive. Il est donc possible que votre cas ne figure pas dans la liste mais cela ne justifie pas qu’il ne soit pas à traiter.
6) Quand consulter pour des douleurs pendant les rapports sexuels ?
Il est conseillé de consulter si les douleurs pendant les rapports sexuels deviennent récurrentes, gênantes au quotidien (sur le plan émotionnel, relationnel et/ou physique) ou si des complications apparaissent (saignements abondants, fièvre…).
Certains auteurs recommandent de suspendre temporairement les rapports sexuels lorsqu’ils entretiennent ou aggravent la douleur. Cet arrêt ne doit pas être vécu comme un échec mais plutôt comme une stratégie thérapeutique. La sexualité ne se limite pas à la pénétration et le plaisir n’est pas une obligation.
Pour débuter, il sera indispensable de poser un diagnostic. Seuls les gynécologues, les urologues-andrologues, les médecins, les sage-femmes et certains sexologues pourront poser le diagnostic. La réalisation d’un interrogatoire et d’un examen clinique seront nécessaires avec la possibilité de réaliser des examens complémentaires si besoin (échographie, prise de sang…). Ces professionnels médicaux vous proposeront alors un traitement adapté (anti-inflammatoires, traitements hormonaux, antibiotiques, thérapie cognitive-comportementale, repos…). N’hésitez pas à consulter l’annuaire d’intimité retrouvée.
Dans certains cas, il sera nécessaire de consulter un kinésithérapeute spécialisé(e) en rééducation pelvi-périnéale, un psychologue ou un sexologue. Consulter, poser des questions, demander un autre avis fait partie intégrante du parcours de soin.
La plupart du temps, la prise en charge sera pluridisciplinaire. La progression n’est pas toujours linéaire. Il est normal de traverser des phases de stagnation ou de recul, avec des améliorations parfois partielles. Le découragement est une étape courante, d’où la nécessité de se faire accompagner. Le chemin à parcourir peut-être très long mais en vous faisant accompagner par des professionnels de santé spécialisés vous y arriverez. Le soutien du/de la partenaire est important. L’acte sexuel est une expérience vécue le plus souvent à deux. Il est important d’y aller à votre rythme, de ne pas forcer le plaisir et surtout de savoir dire STOP. La communication est essentielle.
7) Peut-on retrouver une sexualité sans douleur ?
Les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont ni anodines, ni isolées. Elles concernent de nombreuses personnes, à différents moments de la vie, et peut prendre des formes multiples. Pourtant, elles restent encore trop souvent passées sous silence, minimisées ou considérées comme une fatalité.
Mettre des mots sur ce que l’on ressent, comprendre les mécanismes en jeu et reconnaître que cette douleur mérite une écoute et une prise en charge sont déjà des étapes essentielles. La sexualité ne devrait jamais être associée à la souffrance ou à l’obligation de “faire avec”.
Des solutions existent, des accompagnements sont possibles, et surtout, il n’y a pas une seule façon légitime de vivre son intimité. Mieux comprendre ce qui se joue dans le corps constitue souvent une première étape vers une sexualité plus apaisée.
8) Questions fréquentes sur les douleurs pendant les rapports sexuels
- Est-il normal d’avoir mal pendant les rapports sexuels ?
Non. Même si les douleurs pendant les rapports sexuels sont fréquentes, elles ne doivent jamais être considérées comme normales. La douleur est un signal du corps indiquant qu’un déséquilibre, une tension ou une pathologie peut être présente. Elle mérite toujours d’être écoutée et explorée, surtout lorsqu’elle est répétée ou qu’elle impacte la qualité de vie.
- Les douleurs pendant les rapports sexuels sont-elles psychologiques ?
Les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont pas « dans la tête ». Elles sont bien réelles et résultent le plus souvent de mécanismes multiples, associant des facteurs physiques, émotionnels, neurologiques et relationnels. Même lorsque des éléments psychologiques sont impliqués, la douleur reste légitime et nécessite une prise en charge adaptée.
- Faut-il arrêter les rapports en cas de douleur ?
Dans certains cas, il peut être recommandé de suspendre temporairement les rapports qui déclenchent ou entretiennent la douleur. Cet arrêt ne doit pas être vécu comme un échec, mais comme une stratégie thérapeutique permettant au corps de se reposer et à la douleur de ne plus être renforcée. La sexualité ne se limite pas à la pénétration et le plaisir n’est jamais une obligation.
- Qui consulter pour des douleurs pendant les rapports sexuels?
Le diagnostic des douleurs sexuelles doit être posé par un professionnel de santé formé : gynécologue, urologue-andrologue, médecin, sage-femme ou, dans certains cas, sexologue médical. Selon la situation, la prise en charge peut également inclure un kinésithérapeute spécialisé(e) en rééducation pelvi-périnéale, un psychologue ou un sexologue. Une approche pluridisciplinaire est souvent la plus efficace.
- Peut-on guérir des douleurs sexuelles ?
De nombreuses personnes constatent une amélioration significative de leurs douleurs pendant les rapports sexuels grâce à une prise en charge adaptée. Le chemin n’est pas toujours linéaire et les progrès peuvent être progressifs ou partiels, mais retrouver du confort, réduire la douleur et reprendre confiance en son corps sont des objectifs réalistes et atteignables. Se faire accompagner est un élément clé du mieux-être.
- Le ou la partenaire a-t-il/elle un rôle à jouer ?
Oui. Le soutien du ou de la partenaire est souvent déterminant. Une communication ouverte, le respect du rythme de chacun et la possibilité de dire stop sans culpabilité sont essentiels. Les douleurs pendant les rapports sexuels sont rarement un problème individuel isolé et peuvent être vécues comme une expérience de couple.
- Peut-on avoir des douleurs pendant les rapports sexuels même sans maladie ?
Oui, cela est possible. Les douleurs pendant les rapports sexuels ne sont pas toujours liées à une maladie identifiable. Elles peuvent être provoquées par un manque de lubrification, des tensions du plancher pelvien, une appréhension de la douleur, du stress, une fatigue importante ou encore une excitation insuffisante.
Dans certains cas, la douleur peut également persister à cause d’un cercle vicieux douleur–tension–anticipation, où la peur de la douleur entraîne une contraction musculaire et augmente la sensibilité douloureuse. Même en l’absence de pathologie, ces douleurs doivent être prises au sérieux et peuvent bénéficier d’un accompagnement par des professionnels de santé.
- Pourquoi ai-je mal pendant les rapports sexuels alors que tout allait bien avant ?
Il est possible de ressentir des douleurs pendant les rapports sexuels alors qu’ils étaient auparavant confortables. On parle alors de douleurs secondaires. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette apparition : des changements hormonaux (grossesse, post-partum, ménopause), une infection, une pathologie gynécologique comme l’endométriose, une modification de la lubrification, ou encore un événement douloureux ayant créé une appréhension.
Parfois, la douleur initiale déclenche un mécanisme d’anticipation et de tension musculaire du plancher pelvien, qui peut entretenir les symptômes même après la disparition de la cause initiale. Dans ce cas, une prise en charge adaptée permet souvent d’améliorer progressivement la situation.
Sources :
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