Vous êtes enceinte et vous n’avez plus envie de faire l’amour ? Rassurez-vous, une baisse de libido pendant la grossesse est fréquente et concerne de nombreuses femmes. Les changements hormonaux, la fatigue, les nausées, les modifications corporelles ou encore les inquiétudes liées au bébé peuvent influencer le désir sexuel à différents moments de la grossesse.
Contrairement aux idées reçues, il n’existe pas une seule façon de vivre sa sexualité pendant la grossesse. Certaines femmes constatent une diminution de leur désir, tandis que d’autres observent peu de changements, voire une augmentation de leur libido, notamment au cours deuxième trimestre.
Ces variations sont généralement normales et font partie des nombreux changements physiques et émotionnels qui accompagnent la grossesse. Cependant, elles peuvent parfois susciter des interrogations, de l’incompréhension ou des tensions au sein du couple.
Dans cet article, nous allons voir comment évolue la libido pendant la grossesse, quelles sont les principales causes d’une baisse ou d’une augmentation du désir sexuel, et dans quelles situations il peut être utile de consulter un professionnel de santé.
À retenir
– Oui, une baisse de libido pendant la grossesse est fréquente.
– Certaines femmes constatent au contraire une augmentation du désir.
– Le deuxième trimestre est souvent la période la plus favorable à la sexualité.
– Les rapports sexuels sont généralement sans danger en l’absence de complication obstétricale.
– Consultez si ces changements provoquent une souffrance importante ou des tensions dans le couple.
1) La libido change-t-elle quand on est enceinte ?
La libido est très fluctuante au cours de la grossesse mais l’évolution est bien plus complexe qu’une simple baisse continue et linéaire. Les changements hormonaux ne sont pas les seuls facteurs qui influencent la libido, d’autres éléments rentrent en jeu. Vous pourrez trouver toutes ces informations dans un article dédié sur « la perte de libido chez la femme ».
Dans l’inconscient collectif, la grossesse est régulièrement associée à une diminution des rapports intimes voire un arrêt total. Mais est-ce vraiment ce que l’on observe en réalité ?
Plusieurs études scientifiques suggèrent une diminution progressive de la fonction sexuelle et de la fréquence des rapports sexuels au cours de la grossesse, parallèlement à une intensification des changements physiologiques. En d’autres termes, les transformations physiques liées à la grossesse peuvent progressivement influencer la sexualité.
Cependant, des études récentes montrent que la baisse de la fréquence des rapports intimes peut être ponctuée de périodes durant lesquelles la fréquence des rapports augmente temporairement.
2) Pourquoi certaines femmes ont moins envie enceintes ?
Les modifications de l’image corporelle, la diminution du sentiment d’attractivité envers le partenaire, la peur de blesser le fœtus, la crainte d’une fausse couche ou d’un accouchement prématuré ainsi que d’autres facteurs peuvent affecter la libido des femmes enceintes.
A. Fatigue
La fatigue est un symptôme que beaucoup de femme enceinte rencontrent.
Au cours des premières semaines de grossesse, l’augmentation du taux de progestérone provoque fatigue et somnolence. Durant cette période, le corps va stimuler le développement du placenta.
Le stress et l’anxiété due à l’annonce, le fait de maintenir le rythme de travail, sont des éléments qui peuvent provoquer des troubles du sommeil et donc favoriser la fatigue.
Cette fatigue est souvent passagère. Elle va s’atténuer progressivement au cours des mois pour ensuite réapparaitre en fin de grossesse. L’augmentation du poids et du volume corporel (ventre, jambes…), le stress lié à la naissance, des difficultés à trouver de bonnes positions au lit… ont un impact direct sur l’état de fatigue.
B. Nausées et vomissements
Les nausées et vomissements concerneraient entre 65 % et 80 % des femmes enceintes. Ces symptômes ne sont pas un simple phénomène, mais un désagrément bien plus complexe, qui impacterait la qualité de vie, personnelle et professionnelle, en diminuant les activités quotidiennes et influencerait l’état psycho-émotionnel.
Les nausées débuteraient généralement entre la 6ème et la 8ème semaine de grossesse et s’amélioreraient souvent spontanément entre la 16ème et la 20ème semaine.
Vous souffrez de nausées ou de vomissements ?
Lorsque ces symptômes persistent, l’alimentation est perturbée, une fatigue importante s’installe et il est tout à fait logique d’être moins disponible physiquement et mentalement pour la sexualité.
Attention tout de même, en cas de vomissement très important, il est conseillé d’en parler avec votre médecin. Cela pourrait entraîner une perte de poids, une déshydratation et aller jusqu’à l’hospitalisation.
C. Image corporelle
La grossesse entraine des changements importants. On observe une prise de poids, des modifications corporelles et un changement de silhouette.
Les femmes ayant un IMC normal avant la grossesse, prendraient en moyenne 12 à 13 kg au cours de la grossesse. Cette prise de poids résulte non seulement de la croissance du bébé, mais également de l’augmentation du volume sanguin, du développement du placenta, de l’utérus, des seins et des réserves énergétiques nécessaires à la grossesse et à l’allaitement.
Les perturbations de l’image corporelle sont donc fréquentes pendant cette période.
Les auteurs considèrent ainsi que l’image corporelle joue probablement un rôle majeur dans le désir sexuel et la détresse sexuelle pendant la grossesse. Une image corporelle vécue de façon positive aurait tendance à améliorer le désir sexuel.
D. Charge mentale et anxiété
Plusieurs facteurs de stress peuvent influencer la sexualité pendant la grossesse :
- Peur de faire du mal au bébé ;
- Inquiétudes liées à l’accouchement ;
- Manque de soutien du partenaire ;
- Nouvelles responsabilités liées à la parentalité ;
- Perte de liberté ou d’indépendance.
Un tiers des femmes enceintes craignent de ne pas pouvoir faire face à leur activité professionnelle ou aux tâches domestiques.
Une femme enceinte sur deux s’inquiète de mener la grossesse à terme. La même proportion craint de ne pas pouvoir faire face au travail durant l’accouchement.
E. La peur pour le bébé
Par peur de faire mal au fœtus ou de déclencher une fausse couche, de nombreuses femmes (mais aussi leur partenaire) ressentent une certaine anxiété qui va influencer directement la fréquence des rapports sexuels en les rendant moins fréquents voire en les stoppant. Selon les études, cela concernerait entre 30 à 60 % des femmes enceintes.
Cette peur peut entraîner une baisse de la libido au cours de la grossesse mais les études ont montré que cette baisse n’influençait pas cette anxiété.
Puis-je continuer à avoir des rapports sexuels étant enceinte ?
Rassurez-vous ; chez une femme enceinte sans complication obstétricale, le maintien d’une activité sexuelle n’a pas montré d’effet délétère sur le fœtus. En revanche, certaines situations médicales — saignements, placenta prævia, menace d’accouchement prématuré, rupture des membranes ou infection — nécessitent un avis médical et parfois une abstinence temporaire.
F. Les changements au sein du couple
La grossesse représente une période de transition importante pour le couple. Au-delà des changements physiques et hormonaux, chacun doit progressivement s’adapter à l’arrivée future de l’enfant et à son nouveau rôle de parent.
Ces bouleversements peuvent influencer la sexualité de différentes façons. Certaines femmes ressentent une diminution de leur désir alors que leur partenaire conserve le même niveau d’envie. À l’inverse, certains partenaires peuvent éprouver des inquiétudes liées à la grossesse, craindre de faire mal au bébé ou percevoir différemment le corps de leur compagne. Ces décalages de désir sont fréquents et ne traduisent pas nécessairement un manque d’amour ou d’attirance.
La communication joue un rôle essentiel durant cette période. Pouvoir exprimer ses besoins, ses craintes et ses attentes permet souvent de réduire les incompréhensions et les frustrations. Il est également important de rappeler que l’intimité du couple ne se résume pas aux rapports sexuels. Les gestes de tendresse, les moments de complicité, les caresses ou les câlins participent eux aussi au maintien du lien affectif.
Lorsque les différences de désir deviennent source de tensions importantes ou de souffrance pour l’un des partenaires, il peut être utile d’en discuter avec un professionnel de santé ou un thérapeute spécialisé dans la sexualité.
3) Pourquoi certaines femmes ont au contraire plus de désir ?
Suis-je la seule à avoir davantage envie de rapports sexuels pendant ma grossesse ?
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, certaines femmes vivent la grossesse comme une période d’épanouissement de leur sexualité. Loin d’être une exception, ce phénomène s’explique par des mécanismes physiologiques et émotionnels bien identifiés.
Une enquête de 2023 a retrouvé que 14,5 % des femmes enceintes rapportaient une augmentation de leur intérêt sexuel pendant la grossesse.
Le deuxième trimestre est souvent la période décrite comme la plus favorable à la sexualité avec davantage d’énergie, moins de nausées et moins d’inconfort physique. Cette hausse de libido pourrait s’expliquer par l’augmentation du flux sanguin génital, aux modifications hormonales et à l’amélioration du bien-être après les premiers mois de grossesse.
4) Baisse ou augmentation du désir sexuel pendant la grossesse : quand faut-il consulter ?
Pour la plupart des femmes, une baisse ou une augmentation du désir sexuel pendant la grossesse est normale et ne nécessite pas de consultation avec un professionnel de santé spécialisé (voir notre annuaire). Les changements hormonaux, physiques et émotionnels peuvent entraîner des variations importantes de la libido d’un trimestre à l’autre.
Il peut toutefois être utile d’en parler à un professionnel de santé si :
- La baisse du désir s’accompagne d’une souffrance importante, d’un mal-être ou de tensions dans le couple.
- L’augmentation ou la diminution du désir est associée à une anxiété marquée, des idées envahissantes ou une perte de contrôle ressentie.
- Les rapports sexuels deviennent douloureux ou provoquent un inconfort persistant.
- La diminution du désir s’inscrit dans un contexte de tristesse importante, de perte de plaisir généralisée ou de symptômes évoquant une dépression prénatale.
- Des inquiétudes concernant la sécurité des rapports pendant la grossesse persistent malgré les explications reçues.
5) Conclusion
Chaque grossesse étant différente, il n’existe pas de « libido normale ». Certaines femmes constatent une augmentation de leur désir sexuel, d’autres une diminution, tandis que beaucoup observent des fluctuations au fil des trimestres.
Ces variations sont généralement liées aux changements propres à cette période de vie. Plus que l’intensité du désir lui-même, c’est son impact sur le bien-être personnel, la relation de couple ou la qualité de vie qui peut justifier d’en parler à un professionnel de santé.
Questions fréquentes sur la libido chez la femme enceinte
A) Est-ce dangereux d’avoir des rapports enceinte ?
Dans la grande majorité des cas, non. Lorsque la grossesse se déroule normalement, les rapports sexuels ne présentent pas de danger pour le bébé. Celui-ci est protégé par le liquide amniotique, les membranes qui l’entourent et les muscles de l’utérus.
Certaines femmes peuvent toutefois ressentir des contractions légères après l’orgasme ou remarquer de petites pertes de sang après un rapport. Ces phénomènes sont généralement bénins, mais il est recommandé d’en parler à son professionnel de santé en cas de doute.
Dans certaines situations particulières (menace d’accouchement prématuré, saignements inexpliqués, placenta prævia, rupture prématurée des membranes ou autres complications obstétricales), le médecin ou la sage-femme peut conseiller de limiter ou d’éviter les rapports sexuels. En cas de grossesse à risque, il est donc important de demander un avis médical adapté à sa situation.
B) Pourquoi je n’ai plus envie de rapports sexuels au premier trimestre ?
Une baisse du désir sexuel au premier trimestre de grossesse est fréquente et généralement normale. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la fatigue, les nausées, les vomissements, les tensions mammaires, les changements hormonaux ou encore les inquiétudes liées au début de la grossesse.
Pour certaines femmes, ces symptômes peuvent diminuer l’intérêt pour la sexualité de façon temporaire. D’autres peuvent également ressentir des craintes concernant la sécurité des rapports sexuels pour le bébé, même lorsque la grossesse se déroule normalement.
Cette baisse du désir n’est généralement pas définitive. Chez de nombreuses femmes, la libido évolue au fil de la grossesse et peut même augmenter au deuxième trimestre lorsque les nausées et la fatigue s’atténuent.
Si cette diminution du désir s’accompagne d’une souffrance importante, d’un mal-être persistant ou de difficultés dans la relation de couple, il peut être utile d’en parler à un professionnel de santé.
C) Mon partenaire a plus envie que moi pendant la grossesse : que faire ?
Il est fréquent que les partenaires ne ressentent pas le même niveau de désir sexuel pendant la grossesse.
La première étape consiste à communiquer ouvertement sur ses ressentis, ses besoins et ses éventuelles inquiétudes. Une différence de désir ne signifie pas forcément un manque d’amour ou d’attirance. Elle reflète souvent les adaptations liées à cette période de vie.
L’intimité du couple ne se limite pas aux rapports sexuels. Les gestes de tendresse, les moments de complicité, les câlins ou les massages peuvent permettre de maintenir une proximité affective satisfaisante pour les deux partenaires.
Si cette différence de désir devient source de tensions, de frustrations importantes ou de souffrance dans le couple, il peut être utile d’en parler à un professionnel de santé ou à un thérapeute spécialisé dans la sexualité.
Sources :
- Shari M. Blumenstock, PhD, Jennifer S. Barber, PhD. Sexual Intercourse Frequency During Pregnancy: Weekly Surveys Among 237 Young Women From A Random Population-Based Sample. The Journal of the Sexual Medicine, Octobre 2022, Volume 19, Issue 10, pages 1524–1535.
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- Sonia García-Duarte, Bruno José Nievas-Soriano, Natalia Fischer-Suárez, Gracia Castro-Luna, Tesifón Parrón-Carreño, and Gabriel Aguilera-Manrique. Quality of Sexuality during Pregnancy, We Must Do Something—Survey Study. International Journal of Environmental Research and Public Health, 2023, 20, 965.