Les troubles intimes, aussi appelés troubles de la sexualité, peuvent toucher n’importe quel individu, à n’importe quel âge et à n’importe quel moment de sa vie. Ce sont des troubles fréquents, qui résultent de causes biologiques, psychologiques ou bien une combinaison des deux. En France, 18,9% des hommes et 36,4% des femmes déclarent au moins un trouble sexuel persistant. La sexualité dans son ensemble peut être un sujet tabou, beaucoup de personnes ont de grandes difficultés à aborder le sujet, n’osent pas en parler à leurs proches ou à des médecins.
Pourtant, faire appel à des professionnels de santé tels que des psychologues, des psychiatres, votre médecin traitant, votre sage-femme… est une solution qui propose un endroit confidentiel, sans jugement et rassurant pour aborder le sujet des dysfonctionnements sexuels.
« Je m’appelle Lisa, je suis psychologue de la santé. La santé sexuelle est un sujet que je place au cœur de ma pratique. Elle fait tout simplement partie intégrante de la vie et peut avoir des répercussions importantes sur notre santé et notre bien-être en général.
Nous allons discuter ensemble de ce sentiment de honte et de peur du jugement qu’une personne peut ressentir lorsqu’elle vient consulter un professionnel de santé. »

1) Les troubles de la sexualité sont-ils fréquents ?
Avez-vous l’impression que les difficultés liées à la sexualité sont fréquentes dans la population ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Je pense qu’elles sont plus fréquentes que l’on ne le pense. Mais puisque ce sujet est très tabou dans notre société, nous n’en parlons que très peu, que ce soit dans la sphère des médias ou dans le cercle intime. Cela entraîne une invisibilisation des troubles sexuels, alors que des références à la sexualité sont omniprésentes dans notre quotidien (publicité, réseaux sociaux, cinéma…).
De plus, les causes des troubles proviennent généralement de causes telles que le stress, une fatigue élevée… Ces facteurs sont très présents dans notre quotidien et peuvent avoir un impact plus fort que l’on ne le pense. Malgré cela, j’ai conscience que ce sont des troubles fréquents, qui peuvent survenir inopinément chez tous les individus, de façon temporaire ou s’étendre dans le temps. »
2) Pourquoi est-il si difficile de parler de ses troubles intimes ?
Quelles sont les principales raisons qui empêchent les personnes d’aborder leurs difficultés intimes ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Premièrement il y a le sentiment de honte et de peur du jugement, notamment sur la notion de performance. Celle-ci est prônée et très valorisée selon nos normes sociales. Historiquement, ne pas performer dans la sexualité est une atteinte à garantir la reproduction de notre espèce, cela représentait donc un problème sociétal majeur.
Il y a aussi les tabous liés à l’environnement familial et culturel. Dans de nombreux milieux, la sexualité reste un sujet peu discuté, ce qui peut rendre les conversations inconfortables. La construction de la sexualité et de notre manière de l’interpréter dépend fortement de l’endroit où l’on naît ainsi que de notre éducation.
Et pour terminer, le manque d’information joue un rôle majeur dans la difficulté à aborder ce sujet car la majorité des individus ignorent que c’est un trouble fréquent et qu’une prise en charge par un professionnel de santé est possible. »
3) Selon les profils, existe-t-il des différences pour parler des troubles de la sexualité?
Certaines personnes ont-elles plus de difficultés que d’autres à évoquer leur intimité ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Bien sûr, chaque personne a un parcours de vie sexuelle différent. Des facteurs comme l’histoire de vie, la personnalité, l’environnement ont un impact sur la difficulté à aborder l’intimité.
Par exemple, les personnes avec une faible estime personnelle vont plus craindre le jugement qu’une personne affirmée. Les personnes ayant subi des violences sexuelles au cours de leur vie vont également avoir du mal à aborder ce sujet car cela peut faire remonter des traumatismes ou des émotions difficiles.
Chaque personne a un rapport différent à la sexualité selon son parcours de vie. »
4) Quel rôle jouent l’éducation sur les tabous ?
L’éducation reçue durant l’enfance ou l’adolescence influence-t-elle notre capacité à parler de sexualité ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« La sphère culturelle, religieuse et éducative des individus a également un impact significatif sur la perception de la sexualité.
Dans certains environnements, discuter de sexualité est perçu comme immoral ou n’est simplement jamais abordé. Ce silence alimente les préjugés et les stéréotypes liés aux troubles sexuels et empêche les individus d’aborder ce sujet, par peur de rejet de leurs pairs, ou simplement par peur d’être jugé ou par honte.
On retrouve aussi les stéréotypes de genre, avec des injonctions comme quoi l’homme aurait toujours envie, que la femme ne devrait pas avoir un nombre élevé de partenaires par exemple. Ces injonctions ont un impact significatif sur notre façon d’aborder le sujet des dysfonctionnements sexuels, notamment selon ce que la société attend de nous selon notre genre. »
5) Que se passe-t-il lorsqu’on garde ces difficultés pour soi ?
Quelles peuvent être les conséquences psychologiques ou relationnelles du silence ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Les conséquences du silence sur les difficultés sexuelles peuvent être multiples. Au niveau du bien être psychologique on peut retrouver par exemple : une baisse de l’estime de soi, une forte anxiété, un isolement social, des troubles dépressifs… Au niveau relationnel on peut observer une hausse des conflits, des difficultés de communication, de la frustration, des croyances erronées et bien d’autres. Ne pas partager sa souffrance paraît anodin mais cela peut avoir un impact très important sur notre bien-être global. »
6) Comment savoir s’il est temps de demander de l’aide ?
Existe-t-il des signes qui devraient inciter à consulter un professionnel ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« A partir du moment où vous réalisez que les troubles impactent votre vie sexuelle, psychologique ou sociale, il est important de consulter un professionnel. La prise en charge anticipée permet de limiter la durée et l’intensité des troubles.
Si le problème persiste et dure longtemps, n’hésitez pas à faire appel à un professionnel de santé comme un psychologue ou un médecin. Une consultation ne signifie pas nécessairement que la situation est grave. Même des symptômes légers peuvent justifier un rendez-vous, notamment pour obtenir des conseils adaptés à votre profil, mieux comprendre ce que l’on ressent et éviter que la situation ne s’installe. Le but est de prendre soin de vous comme pour n’importe quelles pathologies. »
7) Ma sexualité est perturbée, comment se déroule concrètement une première consultation ?
Que peut attendre une personne qui consulte un psychologue pour des difficultés intimes ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Un psychologue est un professionnel de santé qui tient une posture d’acceptation et de non-jugement. Une personne qui vient consulter doit bénéficier d’un cadre bienveillant et d’une écoute active. Le simple fait de pouvoir parler librement de ses troubles va permettre de prendre du recul, de créer du sens et de s’informer au mieux sur ses troubles afin de pouvoir récupérer petit à petit du contrôle sur sa problématique.
Au fur et à mesure, une relation de confiance entre le patient et le psychologue va se construire. Le but de la thérapie va être de travailler ensemble sur les conséquences quotidiennes que peuvent avoir les troubles sexuels, et de trouver des solutions pour améliorer la qualité de vie du patient et lui permettre de pouvoir retrouver un bien être global. »
8) Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui n’ose pas parler de ses difficultés intimes ?
Si vous aviez un message à adresser à une personne qui souffre en silence, quel serait-il ?
Réponse de la psychologue Lisa SOULIER :
« Ne laissez pas un trouble sexuel définir qui vous êtes. N’ayez pas peur d’en parler, aucun trouble n’est honteux ou bizarre. Le meilleur moyen de pouvoir se libérer et reprendre le contrôle de votre sexualité est de se tourner vers des personnes qui sont prêtes à vous écouter et à vous aider, sans jugement ni discrimination. Les associations, les médecins, les psychologues et bien d’autres peuvent vous prendre en charge dans ces moments difficiles de votre vie. C’est une grande force d’avoir le courage de parler, laissez nous vous aider. »

Conclusion
Pour conclure, le tabou autour des troubles sexuels peut avoir un impact négatif sur plusieurs aspects de notre vie. Ce sont des troubles fréquents, qui touchent une partie de la population peu importe le genre et l’âge, il ne faut surtout pas se sentir mal à l’aise d’en parler.
Les normes sociales et notre environnement jouent un rôle majeur dans le renforcement de la honte sur ce sujet. Mais il existe des solutions efficaces, libérons la parole et n’ayons pas honte. Le courage d’en parler est le premier pas vers une prise en charge efficace. Vous pourrez trouver des professionnels spécialisés dans notre annuaire.
« Je vous invite à consulter différents professionnels de santé spécialisé afin de prendre soin de votre santé physique mais aussi mentale. »
Sources :
- Clement, S., Schauman, O., Graham, T., Maggioni, F., Evans-Lacko, S., Bezborodovs, N., Morgan, C., Rüsch, N., Brown, J. S. L., & Thornicroft, G. (2015). What is the impact of mental health-related stigma on help-seeking? A systematic review of quantitative and qualitative studies. Psychological Medicine, 45(1), 11–27. https://doi.org/10.1017/S0033291714000129
- Hipp, C. J., & Carlson, R. G. (2019). Comfort in treating sexual problems : Current training and counselor self-efficacy. The Family Journal, 27(2), 131–138. https://doi.org/10.1177/1066480719835342
- Rahib D, Moreau C. Dysfonctions sexuelles chez les personnes sexuellement actives en France et impact sur la satisfaction sexuelle : prévalences et facteurs associés. Bull Epidemiol Hebd. 2026;(12-13) : 257-65.