Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? (Vous, votre parcours…)
Mme PINEAU M. : « Je me présente, PINEAU Marine, j’ai 37 ans et je suis diplômée en kinésithérapie depuis 2010. En 2012, je réalise ma première formation en pelvi-périnéologie féminine, s’en découle des dizaines de formations. En 2018, je me spécialise également dans les pathologies de l’homme et en 2022, j’obtiens le DIU « Statique pelvienne et urodynamique » de la faculté de médecine de Montpellier. »
Qu’est-ce que la rééducation pelvi-périnéale? À qui est-ce adressé ?
Mme PINEAU M. : « La rééducation pelvi-périnéale consiste à rééduquer la zone du plancher pelvien afin de traiter les dysfonctions pelvi-périnéale comme l’incontinence (urinaire, fécale, de gaz), les douleurs pelviennes… Le kinésithérapeute joue également un rôle dans la prévention et l’éducation thérapeutique. C’est une thérapie indolore. Cette rééducation est préconisée :
- Chez les femmes enceintes et chez celles qui ont accouché,
- Chez les personnes présentant des fuites urinaires, de gaz et/ou de selles,
- Chez les personnes qui vont plus de 10 fois par jour aux toilettes ainsi que celles qui y vont fréquemment la nuit,
- Chez les personnes ayant des douleurs à la miction, lors des rapports intimes,
- Chez les personnes avant et après-chirurgie.»
Pouvez-vous nous parler du déroulement de la première séance (en général)? Cela permettrait de rassurer les patients.
Mme PINEAU M. : « Lors de la première séance, je réalise un bilan complet ORAL. La personne me raconte tout son passif et la raison de sa venue. Je lui explique ensuite le déroulé de la séance suivante avec le bilan manuel et l’utilisation ou non de sonde intra-cavitaire. Je réponds à toutes les questions du patient et j’essaie de le rassurer. »
Quelle est la durée moyenne d’une rééducation pelvi-périnéale ?
Mme PINEAU M. : « La durée moyenne d’une rééducation pelvi-périnéale n’est pas quantifiable, il existe tellement de pathologies différentes. On peut aussi bien réaliser 4 séances comme 30 séances. La personne peut arriver avec un périnée hypotonique ou hypertonique comme avoir juste perdu la notion, le ressenti de la zone pelvienne. La seule chose certaine c’est que la rééducation chez l’homme est en règle générale plus longue que chez la femme. »
D’un point de vue sexualité, en quoi ce type de rééducation peut-elle être utile aux patients ?
Mme PINEAU M. : « S’il y a des douleurs, des appréhensions à la suite d’un traumatisme, des cicatrices avec des adhérences, la rééducation pelvi-périnéale peut-être une solution pour améliorer les rapports intimes avec ou sans pénétration. »
Avez-vous déjà été confrontée à des troubles intimes chez vos patients ?
Mme PINEAU M. : « Les troubles intimes sont assez fréquents. Plusieurs facteurs rentrent en compte dans la libido ainsi que dans la réalisation du coït :
- La présence ou non de douleurs,
- La prise de certains médicaments,
- Suivant le cycle hormonal,
- S’il y a eu des traumatismes (accouchement difficile, violences, parcours PMA compliqué…).»
Comment vos patients ont-ils abordé le sujet ?
Mme PINEAU M. : « Lors de mon bilan oral, je pose toujours des questions sur les relations intimes, si la personne se sent en confiance à ce moment là elle peut se livrer ou le faire plus tard au cours de la rééducation. Dans ce cas là le sujet est toujours abordé après une question de leur part. »
Est-ce un sujet encore trop tabou comme nous pouvons le lire dans certaines revues ?
Mme PINEAU M. : « Comme la sexualité, la rééducation périnéale est encore taboue. Imaginez, vous êtes à un repas de famille, il est plus facile de parler de votre rééducation du genou que de la rééducation de vos fuites urinaires ou de vos douleurs intimes. Les fuites urinaires chez l’homme ainsi que les troubles d’érection et d’éjaculation sont extrêmement tabous. Chez la femme les fuites urinaires sont banalisées mais malheureusement les publicités incitent plus à acheter des protections qu’à consulter un kinésithérapeute spécialisé en rééducation pelvi-périnéale. »
Avez-vous des conseils à donner pour aider les personnes à aller mieux ?
Mme PINEAU M. : « Aucune question n’est bête, aucun sujet ne doit être tabou. Parlez-en à votre médecin, sage-femme, kiné, gynécologue, urologue, ensemble nous pouvons trouver des solutions.
Présenter des fuites urinaires, des douleurs lors des rapports, des gênes, ce n’est pas normal. Sachez que vous n’êtes pas seul, des solutions existent donc n’hésitez pas à consulter. »