Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? (Vous, votre parcours…)
Mme NOTTEBART : Je suis Zoé NOTTEBART, 28 ans, sage-femme D.E. Après mes études de sage-femme, j’ai de suite commencé en milieu hospitalier en salle de naissance et aux urgences gynécologiques et obstétricales. C’était très intense et très riche en terme d’expériences purement médicales mais aussi humaines. En parallèle, J’ai passé un diplôme universitaire en gynécologie et contraception à la Sorbonne. Suite à l’obtention de ce diplôme, j’ai combiné mon activité hospitalière avec du libéral pour pouvoir mettre tout cela en application car la gynécologie pure et dure est ce qui me plait le plus. Actuellement, je suis en temps plein en libéral dans mon propre cabinet, je ne pratique plus en hospitalier depuis 3 ans.
Pouvez-vous nous expliquer le métier de sage-femme? Existe-il des spécialités? Pouvez-vous prendre en charge tout type de patient (femmes, adolescentes, enfants, hommes…)?
Mme NOTTEBART : Le métier de sage-femme est très large. Déjà, c’est une profession médicale (et non paramédicale comme beaucoup le pense malheureusement). Nous avons énormément de responsabilité et des champs de compétences très larges. La sage-femme suit la femme en bonne santé de ses 1ère règles jusqu’à la fin de sa vie. Nous réalisons : le suivi gynécologique et contraceptif (prescription de contraceptif adapté, pose du contraceptif, frottis, palpation mammaire…), consultations préconceptionnelles et prénatales, le suivi de grossesse, les échographies, la préparation à la naissance et à la parentalité (selon les formations de la sage-femme : classique, yoga, sophrologie, piscine, haptonomie, hypnose, …). Nous pratiquons la surveillance du travail et les accouchements en autonomie + sutures et assistons lors des césariennes. Nous nous occupons également des urgences obstétricales et gynécologiques dans le champ de nos compétences. Puis également les visites à domicile à la suite de la sortie de la maternité, surveillance du poids du nouveau-né, vaccination du nouveau-né + entourage proche. Accompagnement de l’allaitement, rééducation périnéale, consultation post-natale… Nous prescrivons aussi les bilans MST/IST chez l’homme et la femme, ainsi que le suivi avec prescription des traitements adéquats (homme compris !). Nous vaccinons d’ailleurs les hommes pour l’HPV. Nous prenons également en charge les personnes trans. Selon les formations complémentaires, une sage-femme réalise aussi des consultations d’acupuncture, homéopathie, sexologie, técarthérapie ou encore ostéopathie. Bref, un métier très large avec un grand champ de compétence et d’autonomie dans les prises en charge et les prescriptions et diagnostics.
Pouvez-vous nous parler du déroulement de la première séance (en général)? Cela permettrait de rassurer les patients.
Mme NOTTEBART : Pour la 1ère consultation de gynécologie, je fais d’abord connaissance avec la patiente. D’ailleurs, consultation de gynécologie ne veut pas dire examen ou speculum, c’est important de le savoir ! L’examen n’est pas systématique selon les cas surtout lors d’un premier rdv. Donc, je fais connaissance, j’ouvre le dossier de gynécologie (antécédents, tabac, violences, contraception en cours …) et j’adapte selon le motif du rendez-vous. Si besoin uniquement, je propose à la patiente un examen gynécologique ou alors je propose un second rendez-vous pour la réalisation de celui-ci pour qu’elle soit plus à l’aise. 90% des femmes préfèrent revenir lors d’un second rdv dans les jours qui suivent. Lors de l’examen gynécologique, je n’utilise pas d’étriers pour les jambes afin que la patiente se sente plus confortable et plus maître de son corps. Je lui propose aussi de mettre le speculum elle-même si elle souhaite. En consultation, j’essaie toujours d’être joviale, naturelle et souriante pour détendre l’atmosphère, ça marche du tonnerre.
Parmi la liste des pathologies ci-dessous, vous est-il possible d’en diagnostiquer?
- L’endométriose : oui
- Le vaginisme : oui
- L’hypoactivité du désir sexuel : oui
- La sécheresse vaginale : oui
- Le gonflement des tissus génitaux : oui
- Anxiété de la performance : oui
- Les troubles sexuels liés aux médicaments : oui
- Le syndrome uro-génital de la ménopause : oui
- Le trouble de l’orgasme : oui
- Les dyspareunies : oui
- L’hypersexualité : oui
- Les troubles liés à l’aversion sexuelle : oui
Que peut apporter une sage-femme dans la prise en charge des troubles sexuels ?
Mme NOTTEBART : Premièrement, de l’écoute et un lieu sans jugement. Les femmes se sentent souvent plus libre d’en parler à la sage-femme qu’au médecin traitant. De plus, lors d’une consultation, la sage-femme va pouvoir identifier les facteurs physiques comme par exemple la douleur surtout chronique, des lésions ou cicatrices, sécheresse vaginale, traitement en cours, contraception non adaptée…) mais aussi les facteurs psychologiques (dépression, antécédents de violences et sévices pendant l’enfance ou encore violences conjugales en cours, pression de performance etc). Selon le cas, nous traitons donc la cause physique, proposons une écoute active pour les facteurs psychologiques et réorientons vers un autre professionnel si besoin (psychologue, sexologue, etc). La rééducation périnéale peut également améliorer la vie sexuelle, elle est parfois proposée par la sage-femme dans certains cas, tout comme le travail avec dilatateurs vaginaux en cas de vaginisme… Selon les spécificités de la sage-femme, elle peut également prendre en charge les dyspareunies et proposer de la tecarthérapie à la patiente.
Avez-vous déjà été confrontée à des troubles intimes chez vos patientes ?
Mme NOTTEBART : Oui, cela arrive plusieurs fois par semaine.
Comment vos patientes ont-elles abordé le sujet ?
Mme NOTTEBART : Elles abordent le sujet d’elles même si elles se présentent en consultation pour cela. Parfois elles sont gênées mais je dédramatise toujours et rappelle les règles du cabinet : pas de jugement et secret professionnel. Elles se sentent donc plus légères et parlent ensuite tout à fait ouvertement. Si le sujet n’est pas abordé par la patiente, je pose toujours la question dans ma consultation : « rien à me signaler concernant la vie intime ? ».
Est-ce un sujet encore trop tabou comme nous pouvons le lire dans certaines revues ?
Mme NOTTEBART : Selon les générations oui. Mes 10-18 ans sont gênées car elles sont jeunes et ne savent pas comment en parler, avec les bons mots etc. J’utilise souvent des images ou des maquettes quand elles ont besoin d’aide pour s’exprimer. Ensuite mes 18-35 ans sont tout à fait libérées sur le sujet en général sauf cas exceptionnel. Puis les 36-70 ans ou plus, là, c’est vraiment très compliqué, c’est un gros tabou. Cela va également dépendre de l’origine de la patiente, de sa culture et de sa religion.
Avez-vous déjà pris en charge des femmes transgenres ?
Mme NOTTEBART : Non pas encore. Cela arrivera surement un jour, c’est pourquoi je me tiens régulièrement informée des parcours concernant la transidentité et des prises en charge pour ne pas être perdue le jour où ça arrivera.
Avez-vous des conseils à donner pour aider les personnes à aller mieux ?
Mme NOTTEBART :
- Se faire confiance et ne pas se juger
- Faire confiance aux professionnels et se sentir libre de parler de sexualité
- Apprendre à connaître son corps et ne pas en avoir peur (certaines patientes ont du mal avec la sexualité en partie parce qu’elles ne savent pas du tout ce qu’elles ont entre les jambes, ni son fonctionnement)
- Avoir une contraception adaptée
- Avoir un lubrifiant adapté (ou même gel anesthésiant dans certains cas de dyspareunies sur prescription de la sage-femme)
- Être bien entourée en cas de difficulté (professionnels mais aussi cadre privé, partenaire etc)
- En parler avec le/la partenaire et peut être essayer de trouver des adaptations ensemble
- Ne jamais se forcer à avoir un rapport sexuel, quelle que soit les raisons
- Prendre le temps avant un rapport selon ses besoins et envies
- Conscientiser que la douleur n’est pas normale dans un rapport
- Pas de performance, uniquement du partage
Voila les conseils simples que je donne aux patientes. J’adapte et j’approfondie selon les cas.